Stratégie

Diviser un appartement : cadre légal, travaux, rendement

Cédric Lafon··8 min de lecture

Diviser un appartement recouvre deux opérations très différentes. La division interne réaménage l'intérieur d'un logement unique pour en louer les chambres séparément : le bien reste un seul lot. La division en lots crée plusieurs logements autonomes et déclenche le régime des articles L. 126-17 et suivants du code de la construction et de l'habitation. Sur un cas illustratif de 95 m² en grande couronne francilienne, la première fait passer le rendement brut de 5,75 % à 9,24 %, et le rendement net de charges de 4,01 % à 5,80 %.

Un 5-pièces de 95 m² se loue mal en grande couronne. Trop grand pour un couple, trop cher pour une famille au budget serré, il part à 1 150 € par mois. Quatre chambres meublées en rapporteraient plus du double, à condition que la copropriété et la mairie suivent.

Faut-il créer plusieurs logements ou en réaménager un seul ?

La différence tient en une question : à la fin des travaux, combien de logements existent au regard de la loi ?

Dans une division interne, il n'en existe qu'un. Vous cloisonnez, vous ajoutez des salles d'eau, vous équipez chaque chambre. L'entrée, les compteurs et la boîte aux lettres restent uniques, et le bien se loue en colocation meublée.

Dans une division en lots, vous créez deux logements autonomes ou plus. Chacun a sa porte, ses compteurs, son bail, et peut être revendu seul.

C'est la différence entre une maison où chacun a sa chambre et partage la cuisine, et deux maisons mitoyennes. Le même nombre d'habitants, mais pas le même droit.

Division interneDivision en lots
Logements créésAucun, un seul lotDeux ou plus
Entrée, compteurs, boîte aux lettresCommunsSéparés
Revente séparéeImpossiblePossible
Régime de l'article L. 126-17Hors champApplicable
Exploitation couranteColocation meubléeBaux indépendants

Que peut interdire le règlement de copropriété ?

Avant tout devis, lisez le règlement de copropriété. Il définit la destination de l'immeuble, et une clause d'habitation bourgeoise peut fermer certains usages.

Viennent ensuite les travaux. D'après Service-Public.fr, dès que la division touche les parties communes — mur porteur, dalle, colonne d'évacuation des eaux usées — ou l'aspect extérieur de l'immeuble — façade, toiture —, une autorisation de l'assemblée générale des copropriétaires est nécessaire.

L'article 25 b de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 encadre ce vote : l'autorisation donnée à un copropriétaire d'effectuer à ses frais des travaux affectant les parties communes ou l'aspect extérieur de l'immeuble s'adopte à la majorité des voix de tous les copropriétaires, et les travaux doivent rester conformes à la destination de l'immeuble.

En pratique, il faut écrire au syndic en recommandé pour faire inscrire le point à l'ordre du jour. Une assemblée générale se tient une fois par an : ce calendrier commande le vôtre.

Quelles autorisations faut-il obtenir avant les travaux ?

Déclaration préalable ou permis de construire ?

D'après Service-Public.fr, la division en elle-même n'est pas soumise à autorisation d'urbanisme : ce sont les travaux qui la rendent nécessaire.

L'article R. 421-17 du code de l'urbanisme soumet à déclaration préalable les travaux qui modifient l'aspect extérieur d'un bâtiment existant. Percer une fenêtre pour éclairer une chambre créée entre dans cette catégorie.

L'article R. 421-14 du même code exige un permis de construire lorsque les travaux modifient les structures porteuses ou la façade et s'accompagnent d'un changement de destination. Un permis est également requis au-delà de 20 m² de surface de plancher créée, seuil porté à 40 m² en zone urbaine couverte par un plan local d'urbanisme.

Une division interne bien conçue ne touche ni la façade ni la destination, et reste donc souvent hors formalité. Le service urbanisme de la commune tranche, et son avis se demande avant l'offre d'achat.

Le permis de diviser s'applique-t-il chez vous ?

L'article L. 126-18 du code de la construction et de l'habitation permet à une intercommunalité, ou à défaut à une commune, d'instituer par délibération une autorisation préalable aux travaux créant plusieurs logements dans un immeuble existant. C'est ce qu'on appelle couramment le permis de diviser. Il n'existe que dans les zones d'habitat dégradé délimitées par cette délibération.

Là où il s'applique, l'article L. 126-20 fixe la règle du jeu : la décision est notifiée dans le mois de la réception de la demande, et le défaut de réponse vaut autorisation.

L'article L. 126-17 interdit par ailleurs certaines divisions : immeubles frappés d'un arrêté de péril ou déclarés insalubres, logements dépourvus d'eau potable, d'évacuation des eaux usées ou d'électricité, et logements dont la superficie et le volume habitables sont inférieurs respectivement à 14 m² et à 33 m³.

Un second dispositif s'y ajoute parfois : l'autorisation préalable de mise en location, dite permis de louer. D'après l'ANIL, la décision intervient dans un délai d'un mois, le silence vaut autorisation, et elle devient caduque si la mise en location n'intervient pas dans les deux ans. Louer sans avoir déposé la demande expose à une amende pouvant atteindre 5 000 €, portée à 15 000 € en cas de nouveau manquement.

Quelle surface minimale chaque pièce doit-elle respecter ?

Deux seuils circulent, et ils ne mesurent pas la même chose.

L'article 4 du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 fixe la décence : le logement dispose d'au moins une pièce principale de 9 m² sous 2,20 m de hauteur sous plafond, ou de 20 m³ de volume habitable. C'est le seuil qui s'applique à une chambre de colocation.

L'article L. 126-17 du code de la construction et de l'habitation interdit autre chose : créer par division un logement de moins de 14 m² et de moins de 33 m³, parties communes exclues du calcul.

Le premier qualifie une pièce, le second un logement.

Quels travaux la division impose-t-elle réellement ?

Ajouter des cloisons ne suffit pas. Ce qui fait tenir une colocation issue d'une division, c'est l'isolation phonique entre les chambres, la ventilation des pièces humides, et des évacuations correctement raccordées à la colonne existante.

Décomposition du budget retenu dans le cas illustratif, pour quatre chambres privatives dans un 95 m².

PosteMontant
Cloisons, doublage et isolation phonique14 000 €
Plomberie et création de deux salles d'eau16 000 €
Électricité, mise aux normes et tableau8 000 €
Ventilation mécanique3 000 €
Peinture, sols et menuiseries7 000 €
Ameublement des quatre chambres8 000 €
Total56 000 €

Ces montants sont propres à cet exemple : un logement déjà pourvu de plusieurs points d'eau coûte moins cher à transformer qu'un plateau nu.

Côté fiscal, d'après Service-Public.fr, le régime réel de la location meublée permet de déduire les charges effectives et d'amortir le prix d'achat des biens. Le choix du régime et le plan d'amortissement se calent avec un expert-comptable.

Combien la division change-t-elle le rendement ?

Reprenons le même appartement dans les deux scénarios. Les coûts totaux incluent le prix, les frais de notaire et les travaux.

Location nue en l'étatDivision interne, colocation meublée
Coût total240 000 €296 000 €
Loyer mensuel1 150 €2 280 €
Loyer annuel13 800 €27 360 €
Charges annuelles4 180 €10 183 €
Rendement brut5,75 %9,24 %
Rendement net de charges4,01 %5,80 %

Graphique comparant le rendement brut et le rendement net avant et après division interne

L'écart de rendement brut atteint 3,49 points. Après charges, il tombe à 1,79 point. La colocation issue d'une division consomme davantage : gestion, mobilier à renouveler, énergie et internet souvent inclus dans les loyers, et des départs plus fréquents à provisionner.

Le supplément de loyer net s'établit à 7 557 € par an sur ce bien. Rapporté aux 56 000 € de travaux, il faut un peu plus de sept ans pour les rembourser. C'est le critère de décision le plus utile : si vous ne comptez pas garder le bien au moins aussi longtemps, la division ne se paie pas.

Trois aléas déplacent ce résultat : une chambre vide plusieurs mois, une hausse de la taxe foncière, ou une commune qui instaure un permis de diviser après votre achat.

Ce qu'il faut retenir

  • La division interne conserve un seul logement et se loue en colocation ; la division en lots en crée plusieurs et relève de l'article L. 126-17 du code de la construction et de l'habitation.
  • Le règlement de copropriété se lit avant le premier devis, et tout travail touchant les parties communes passe en assemblée générale.
  • Deux seuils de surface coexistent : 9 m² sous 2,20 m pour qu'une pièce soit décente, 14 m² et 33 m³ en dessous desquels une division est interdite.
  • Le permis de diviser et le permis de louer n'existent que là où une délibération les a institués. Cela se vérifie en mairie, avant l'offre d'achat.
  • Sur le cas illustratif, la division fait gagner 3,49 points de rendement brut mais seulement 1,79 point net de charges, et les travaux mettent un peu plus de sept ans à être remboursés.

Les montants de cet article sont des exemples et ne préjugent d'aucune opération réelle.