La taxe foncière est calculée sur la valeur locative cadastrale du logement, réduite de moitié, à laquelle s'appliquent les taux votés par la commune et l'intercommunalité. Elle reste intégralement à la charge du propriétaire : le décret n° 87-713 du 26 août 1987 ne la fait pas figurer dans la liste des charges récupérables. D'après la DGFiP, le montant moyen payé par un particulier s'établit à 1 117 € en 2025. Seule la ligne des ordures ménagères, portée sur le même avis, se refacture au locataire.
Un investisseur bâtit sa projection avec le loyer, le crédit et les travaux. La taxe foncière arrive dix-huit mois plus tard, dans une enveloppe d'octobre, pour un montant que personne n'avait chiffré.
C'est l'un des rares postes de charge que vous ne pouvez ni négocier, ni déléguer, ni récupérer.
Comment se calcule la taxe foncière d'un logement ?
Le calcul ne part pas du prix d'achat. Il part d'une valeur administrative, la valeur locative cadastrale, qui représente le loyer théorique annuel que le logement produirait dans les conditions du marché de 1970, revalorisé chaque année depuis.
Cette valeur n'a donc aucun rapport direct avec votre loyer réel. Deux appartements voisins loués le même prix peuvent porter des valeurs locatives très différentes.
L'article 1388 du code général des impôts diminue ensuite cette valeur de 50 %, en contrepartie forfaitaire des frais de gestion, d'assurance, d'entretien et de réparation. Le résultat s'appelle le revenu net cadastral : c'est la base d'imposition.
Sur cette base s'appliquent les taux votés chaque année par la commune, par l'intercommunalité, et le cas échéant une taxe spéciale d'équipement.
Que contient exactement un avis de taxe foncière ?
Prenons un appartement de 60 m² en première couronne parisienne, dont la valeur locative cadastrale ressort à 9 600 € par an.
| Étape du calcul | Valeur |
|---|
| Valeur locative cadastrale annuelle | 9 600 € |
| Abattement de 50 % (article 1388 du CGI) | − 4 800 € |
| Revenu net cadastral, base d'imposition | 4 800 € |
| Taux global voté, commune et intercommunalité | 25,00 % |
| Taxe foncière | 1 200 € |
| Frais de gestion de l'État, 3 % | 36 € |
| Taxe d'enlèvement des ordures ménagères, 6,00 % | 288 € |
| Total de l'avis | 1 524 € |
Les 3 % de frais de gestion ne sont pas une option. D'après le BOFiP, l'État prélève sur la taxe foncière 2 % au titre des frais de dégrèvement et de non-valeurs, plus 1 % au titre des frais d'assiette et de recouvrement, en application de l'article 1641 du code général des impôts.
La taxe d'enlèvement des ordures ménagères est calculée sur la même base que la taxe foncière, avec son propre taux voté localement.
Pourquoi la taxe foncière ne se récupère-t-elle pas sur le locataire ?
Parce qu'une liste ferme dit ce qui se refacture, et que la taxe foncière n'y est pas.
Le décret n° 87-713 du 26 août 1987 énumère les charges récupérables. Sa rubrique « Impositions et redevances » ne retient que trois lignes : le droit de bail, la taxe de balayage, et la taxe ou redevance d'enlèvement des ordures ménagères. La taxe foncière en est absente. Nous détaillons ce mécanisme dans notre article sur les trois niveaux de rendement et les charges non récupérables.
Une clause de bail qui prétendrait l'inverse ne produit aucun effet.
La location meublée ne change rien. L'article 25-10 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 laisse le choix entre une provision et un forfait de charges, mais précise que le montant du forfait se fixe à partir des sommes exigibles en application de l'article 23 — c'est-à-dire de la même liste. Un forfait plus élevé que les charges réellement récupérables est contestable par le locataire.
Sur notre exemple, l'arithmétique est donc la suivante. Sur les 1 524 € de l'avis, 288 € se récupèrent. Le propriétaire supporte 1 236 €.
De combien la taxe foncière augmente-t-elle chaque année ?
Deux moteurs, l'un national, l'autre local.
Le premier est la revalorisation forfaitaire des valeurs locatives, prévue à l'article 1518 bis du code général des impôts. D'après le BOFiP, le coefficient est indexé sur l'indice des prix à la consommation harmonisé du mois de novembre publié par l'INSEE. Cet indice progresse de 0,8 % sur un an en novembre 2025, après 1,7 % en novembre 2024 : les bases de 2026 sont donc revalorisées de 0,8 %, contre 1,7 % en 2025.
Le second est le vote des taux, que chaque commune et chaque intercommunalité renouvelle tous les ans. Ce moteur-là est invisible avant qu'il ne s'enclenche.
Le cumul se mesure. Sur notre exemple, une taxe foncière de 1 200 € en 2024, revalorisée de 1,7 % puis de 0,8 %, atteint 1 230 € en 2026 sans qu'aucun taux n'ait bougé.
À l'échelle nationale, d'après le bulletin DGFiP Statistiques n° 46 de mai 2026, les montants dus de taxe foncière, taxes annexes et frais de gestion compris, ont progressé de 2,4 % en 2025. La taxe foncière sur les propriétés bâties atteint 55,1 milliards d'euros, en hausse de 2,8 %, et la DGFiP attribue cette progression d'abord à la revalorisation des valeurs locatives indexée sur l'inflation. Le montant moyen payé par un particulier ressort à 1 117 € en 2025.
Comment estimer la taxe foncière avant d'acheter ?
Quatre gestes, dans cet ordre.
Demandez l'avis de taxe foncière de l'année en cours au vendeur. C'est un document d'une page qu'il détient forcément. Il donne le montant exact, la valeur locative cadastrale, le détail des taux et la ligne des ordures ménagères. Aucune estimation ne vaut cette pièce, et un vendeur qui ne la fournit pas mérite une relance.
Séparez la ligne récupérable du reste. Sur l'avis, la taxe d'enlèvement des ordures ménagères se retrouve sur votre locataire ; tout le reste est pour vous. C'est ce solde qui entre dans le calcul du rendement net.
Regardez la trajectoire des taux de la commune. La DGFiP publie sur data.gouv.fr le fichier de recensement des éléments d'imposition à la fiscalité directe locale, dit fichier REI, qui donne par commune les taux de taxe foncière et de taxe d'enlèvement des ordures ménagères, millésime par millésime. Une commune qui a relevé son taux deux fois en cinq ans peut recommencer.
Anticipez l'effet de vos travaux. La valeur locative cadastrale dépend de la surface, du confort et du nombre de pièces. Créer une chambre, ouvrir une salle d'eau ou ajouter une surface habitable modifie cette valeur et déclenche une déclaration auprès de l'administration dans les 90 jours suivant l'achèvement. Un projet de division interne d'un logement se chiffre donc taxe foncière comprise.
Qui paie la taxe foncière l'année de l'achat ?
Le vendeur, en droit. L'article 1415 du code général des impôts établit la taxe foncière pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier : le propriétaire à cette date est le seul redevable.
En pratique, l'acte de vente prévoit le plus souvent un remboursement au prorata du temps de détention, calculé chez le notaire. L'administration fiscale le rappelle sur son site : cet accord est privé et ne la concerne pas. Si l'acquéreur ne rembourse pas, c'est un litige entre les parties, jamais un dégrèvement.
L'exonération de deux ans du neuf est-elle acquise ?
Pas intégralement. Les constructions nouvelles à usage d'habitation sont exonérées de taxe foncière pendant les deux années qui suivent l'achèvement, sous réserve d'une déclaration déposée dans les 90 jours.
Mais d'après le BOFiP, la commune peut, par délibération, limiter l'exonération à 40, 50, 60, 70, 80 ou 90 % de la base pour la part qui lui revient, et l'intercommunalité peut la supprimer pour la sienne. Avant d'inscrire deux années à zéro dans un plan de trésorerie, vérifiez la délibération de la commune concernée.
Quel poids la taxe foncière a-t-elle dans le cash-flow ?
Reprenons notre appartement, acheté 300 000 € frais de notaire et travaux compris, loué 2 000 € par mois soit 24 000 € par an.
Les 1 236 € non récupérables représentent 5,15 % des loyers annuels, soit 103 € par mois. Rapportés au coût total de l'opération, ils retirent 0,41 point de rendement.
C'est l'équivalent de près de trois semaines de loyer par an, sur un poste qu'aucun levier ne réduit. Contrairement à la durée du prêt ou au mode de location, que nous détaillons dans notre article sur les leviers d'un cash-flow négatif, la taxe foncière ne se pilote pas.
Elle se déduit, en revanche. Au régime réel de la location meublée, la taxe foncière est une charge déductible du résultat, au même titre que l'assurance ou les honoraires de syndic, et elle se cumule avec l'amortissement du bien. Au micro-BIC, elle ne se déduit pas séparément : l'abattement forfaitaire est censé couvrir l'ensemble des charges. Le choix du régime se fait avec un expert-comptable, au vu de votre situation.
Trois aléas restent ouverts sur ce poste. La commune revote son taux chaque année. Les bases suivent l'inflation, sans plafond. Et une vacance locative prolongée ne suspend pas la taxe foncière, qui reste due que le logement soit occupé ou non.
Ce qu'il faut retenir
- La taxe foncière se calcule sur la valeur locative cadastrale réduite de 50 %, multipliée par les taux votés localement — jamais sur le prix d'achat ni sur le loyer réel.
- Elle ne se récupère pas sur le locataire. Le décret n° 87-713 du 26 août 1987 ne retient que la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, portée sur le même avis.
- Les bases sont revalorisées chaque année sur l'inflation : 1,7 % en 2025, 0,8 % en 2026, auxquels s'ajoutent les taux revotés par les collectivités.
- Le seul chiffrage fiable avant l'achat est l'avis de taxe foncière de l'année en cours, demandé au vendeur.
- Sur un bien à 300 000 € loué 2 000 € par mois, 1 236 € de taxe foncière non récupérable retirent 0,41 point de rendement, soit 103 € par mois.
Les montants de cet article sont des exemples et ne préjugent d'aucune opération réelle.